|
CULTURE
ET VINICULTURE
Le vignoble de Musar couvre
environ 120 hectares sur les Monts du Liban et l'Anti-Liban,
deux chaînes de montages parallèles au rivage de la Méditerranée.
Malgré l'altitude élevée, les étés sont chauds et garantissent
une bonne maturité du raisin. Les ceps sont conduits en
taille courte. Les vignes sont âgées. Deux garanties de
qualité.
Plusieurs cépages sont présents
dans le vignoble. L'assemblage type est de cabernet-sauvignon,
de cinsault et de carignan . Et non, contrairement à ce
qui s'écrit beaucoup, de syrah, qui n'est que minoritaire
dans les vignes.
La vinification est du dernier
cri : pressoir pneumatique de Bucher. La fermentation
a lieu à température correcte ( 28 à 32°) avec refroidissement
par échangeurs.
Le vin de Musar fermente
en cuves de ciment. Il y a bien un beau cuvier en inox,
mais le ciment a la préférence. Les vins sont ensuite
élevés 6 à 9 mois en cuves, puis un an en fûts de chêne
de la Nièvre avant l'assemblage des cépages.
Les vins ne sont pas collés,
ils sont juste filtrés avant la mise en bouteilles. Ils
développent un dépôt souvent important qu'il faut accepter
comme contrepartie du caractère naturel de ces vins très
peu soufrés, jamais chaptalisés et d'un grand potentiel
de garde. Après la mise en bouteilles, ils sont encore
conservés plusieurs années en cave avant d'être offerts
à la vente.
Nous avons parlé avec Gaston
Hochar du reconditionnement de vieux millésimes. Contrairement
à l'usage des domaines de Bordeaux, son opinion est que
ses vins peuvent souffrir d'un reconditionnement avec
un changement de bouchon; qu'un niveau un peu bas, fréquent
dans les vieilles bouteilles, n'altère pas la qualité
du vin dont on peut dire qu'il est mithridatisé contre
l'oxydation. Cela m'a été confirmé par des spécialistes
français. Ajoutons que les vins de Musar ont une teneur
élevée en acidité volatile, comme les bordeaux d'antan,
qui doit expliquer leur grande fraîcheur au vieillissement.
Au sujet
du niveau des vins anciens, j'ai
interrogé divers amateurs. En voici une réponse :
" Je n'ai jamais vu une
bouteille ancienne avec un niveau parfait. Est-ce du à
la mise manuelle ou aux conditions de transport ? Cela
ne semble pas affecter la qualité des vins. "
Le type de Musar ne se joue
pas sur la couleur des vins : certains millésimes sont
profonds et colorés, d'autres prennent vite une robe dégradée.
mais ce serait une erreur que d'en déduire un vieillissement
rapide.
Le nez est varié, souvent
frais et complexe : boisé ( mais sans notes de bois neuf),
aromatique ( herbes sèches, thym), parfois floral, ou
encore de tabac, résine...
La bouche est d'attaque franche
et souvent sèche. L'acidité est présente. Le vin n'est
pas très gras, mais bien défini et très long en bouche,
souvent sec. Il est souvent très tannique, mais les tannins
sont de haute qualité et jamais vulgaires : je n'ai trouvé
sur aucun millésime la vanille et le toasté faciles de
nombres de bordeaux actuels. Les vins sont rarement astringents
dans leur jeunesse comme les clarets de Bordeaux auxquels
ils ressemblent parfois avec l'âge. La pointe d'alcool
qui surprend est le signe que le vin n'est pas prêt. Sans
concession à la mode, Musar doit vieillir pour s'épanouir.
Autre particularité, qui
les différencie de beaucoup de grands vins : les vins
du Château Musar ne sont jamais chaptalisés; ce qui veut
dire que leur alcool est uniquement issu des raisins,
pas du sucre de betterave.
Le caractère viandé souvent
décrit sur de vieux millésimes ne nous est pas apparu
dans ces bouteilles, sauf sur le 1975 après aération prolongée.

La réserve
de vieux millésimes
Curieusement, alors que les
millésimes sont relativement constants quant aux conditions
météorologiques, les vins prennent selon les années un
versant bordelais ou provençal : quand le cabernet-sauvignon
est très présent, la structure tannique est proche de
celle des médocs. D'autres années, le cinsault sans doute
apporte ses arômes épicés qui font penser à un bandol.
Les notes et commentaires
qui suivent ne s'appliquent qu'au " grand vin " appelé
château Musar, une partie des différentes productions
du domaine. Les autres vins ne sont pas destinés à vieillir
et sont essentiellement vendus sur le marché intérieur.
Il a pu y avoir une certaine
ambiguïté dans les décennies précédentes, mais il est
facile de s'y retrouver. On peut commencer par faire une
croix sur la légende selon laquelle le nombre d'étoiles
sur l'étiquette serait lié à la qualité du vin : il n'y
a qu'une étoile sur l'étiquette. Puis, dans les années
60, la différentiation entre le grand vin et le second
vin tenait à la forme des bouteilles : bordelaise pour
le grand vin, bourguignonne ensuite. Depuis, le second
vin, qui ne fait pas de barrique, est simplement appelé
Cuvée Musar. Il est bien sûr destiné à une consommation
plus rapide. Je n'en ai pas goûté.
Sur une production annuelle
de 500.000 à 600.000 bouteilles, le domaine sélectionne
donc ses meilleures cuves pour les élever sous bois et
leur donner le nom de Château Musar. Malgré la constance
de la météorologie, il n'y a pas tous les ans de Château
Musar. Il n'y en a pas, en tous cas, en 1965, 1971, 1973,
1976, 1984, 1992. La météo n'est pas seule en cause, la
guerre a souvent contrarié la culture et la récolte. De
plus, les millésimes 1968 et 1974 existent, mais le domaine
ne les a tout simplement pas mis en vente.
|